Nègrepelisse

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Le château de Nègrepelisse

C’est à l’époque de la fondation de la ville vers 1074, que semble avoir été bâtie une fortification qui fût remplacée par le château, édifice plus important assurant une plus grande protection pour les 3000 habitants.
La date exacte de la construction reste assez imprécise. Le chanoine Pottier la situe en 1268. M. Miquel, expert en châteaux, la date en 1285. L’incertitude restera de mise car tous les documents archivés concernant le château et les seigneurs, entreposés dans l’édifice ou chez un notaire, furent incinérés par les révolutionnaires.

Le gros œuvre date du XIème siècle et des améliorations successives furent ajoutées à d’assez longs intervalles suivant les possibilités financières et les besoins des constructeurs. Le château et ses possessions furent édifiés sous l’égide des vicomtes de Bruniquel, seigneurs du Tulmonenc voulant faire peser leur autorité sur leurs sujets. Différents grands seigneurs succédèrent aux vicomtes de Bruniquel comme le roi Philippe III en 1285 (après une vente pour 400 livres tournois), le Comte d’Evreux en 1319, le comte de Caraman seigneur de Montbrun ( se nommant Pierre Duèze), Turenne.

La construction de cet édifice fut un fardeau très lourd pour les bâtisseurs si l’on pense que la plus proche carrière était située à plus de 10 kilomètres du village. Les blocs calcaires étaient transportés soit par des chevaux soit par voie fluviale, la rivière Aveyron longeant la carrière de Bruniquel et l’emplacement du château.
Le château occupe une position géographique stratégique. Il est situé au nord-est du village. Il est défendu au nord par l’Aveyron, à l’est par le ruisseau de Longues-Aygues, et au sud par un large fossé le séparant de la ville (selon les dires de France de la Gravière). Il est encerclé par l’église et le cimetière catholique. Pour y pénétrer, il fallait inévitablement passer par la ville.. Cet édifice de dimension 62,50 m face Nord, 57,50 m face Est, 56,50 m face Sud, et 54,50 m face Ouest (soit une surface de 3600 m2) est un quadrilatère dont les sommets étaient quatre tours rondes de 7,50 mètres de diamètre desservies par un chemin de ronde. Les murs épais de 2m à 2,50 m soit 6 à 8 pieds (l’épaisseur dépend de la mesure : ils sont plus épais au niveau des fondations) sont constitués de parement et de remplissage de pierres régulièrement taillées entre lesquelles un encaissement est empli de fragments de pierre mêlés de chaux vive. L’ossature du château était donc très solide.

Ce témoin du passé de Nègrepelisse est composé d’une grande cour, de deux caves qui tiennent la longueur du château du côté de la rivière, le tout voûté en maçonnerie de chaux et de sable. La face Nord était destinée à l’habitation des seigneurs. Le rez-de-chaussée de l’habitation se composait de cinq pièces avec des cheminées. Un corridor longeant la façade du côté de la cour se situait au premier étage.
Le château traversa les siècles mais il connut quelques vicissitudes depuis les guerres de 100 ans, de religion et la Révolution Française. Cette bâtisse passa la guerre de Cent ans sans dommages apparents. Puis, Les Caraman rebâtirent le site au XVème siècle selon leur goût du moment. Selon un document de Duvals : " A la fin de 1567, le château fut emporté d’assaut par les milices montalbanaises calvinistes ".

Le château a souffert de la Révolution durant laquelle les belligérants ont endommagé les murs et la grille en fer forgé face à la ville. Ils pillèrent l’intérieur du château. La grande salle fut utilisée comme salle de réunion des assemblées communales durant la période révolutionnaire. Les tours et les murs subirent de nombreux dégâts. Il semble que les habitants vinrent se fournir à bon compte en matériaux de construction.
En 1846, un projet du seigneur de Tauge, M. De Lastic faillit priver le château de tout un côté des remparts, mais devant la difficulté des travaux en raison de la solidité des murs, ce dessein fut mis aux oubliettes.
Dès lors, le château fut laissé à l’abandon mais grâce à différentes acquisitions et décisions du conseil municipal, on a transformé un champ de ruines en une esplanade animée. On ne distingue aujourd’hui seulement que trois tours et des murailles abîmées par l’érosion et par la démolition du revêtement de la première couche lors de la Révolution.
Des travaux de conservation entre 1997 et 2001 ont permis de restaurer le site, lui redonnant une nouvelle jeunesse.

L'esplanade, de 30 m sur 20m, est bordée par de hauts platanes plantés longitudinalement. Ils procurent en été suffisamment d'ombre pour que les différentes activités puissent avoir lieu sans la gène du soleil.

La place du château est l’un des plus beaux ornements de notre ville. L’esplanade est bordée au Nord par un mur de soutènement percé de trois niveaux d’arcades dont l’étage inférieur est en pierre et les deux autres sont en brique foraines. La partie basse remonte au XVIIème siècle selon un dessin de Fragonard datant de 1773. Le parapet en brique couronnant l’ensemble du mur a été bâti durant le XIXème siècle, après la fin du comblement des douves. Le mur en l ‘état actuel des choses est en mauvaise condition. Les infiltrations d’eau entraînent une dégradation des maçonneries tel que le glissement des briques, le risque d’effondrements des arcs… Le mur affaibli soutient difficilement la masse de terre de l’esplanade. Une opération a été ainsi mise en place afin de préserver les arcades dans le cadre de la restauration du château.

Le château a donc une grande valeur historique mais il a aussi une valeur symbolique artistique. En effet, c’est à la fin du XVIII ème siècle que Fragonard invité à Nègrepelisse exécuta un dessin du monument qui existe encore dans un musée hollandais et dont une copie orne la salle du Conseil Municipal de notre commune. Cette gravure est la copie du château vu de l’Est.
Il est inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 26 juin 1989 et c’est le témoin de notre histoire depuis des siècles. Après avoir traversé les guerres et d’importantes modifications, il est aujourd’hui la fierté du village.