Ngrepelisse

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La création de Nègrepelisse

La butte sur laquelle est bâtie Nègrepelisse semble t-il, est habitée depuis très longtemps.
Il y a environ deux milles ans, les romains auraient occupé le promontoire qui domine l’Aveyron.

L'époque gallo-romaine

Lors de la démolition du château en 1846, les ouvriers mirent à jour plusieurs monnaies romaines dont un aureus d’Auguste et des pièces :

  • une à l’effigie de Néron,
  • une autre à celle de Faustine la Jeune,
  • une autre frappée par la colonie de Nîmes.

Le tout fût remis à Maître Bonnet, notaire de Nègrepelisse, certainement pour en assurer la garde, garde bien précaire puisque nous ne savons pas ce qu’est devenu ce petit trésor.
La présence romaine ne s’est pas seulement bornée à l’occupation passive de cette terrasse. Leur présence laisse supposer une occupation militaire. En effet, la découverte d’un buste d’Agrippine la jeune, en marbre blanc, chez Mlle Bès, invitent à penser les historiens que quelques riches et importantes villas romaines pouvaient se situer à proximité. Le professeur Labrousse, qui identifia ce buste, le qualifia de « très belle pièce digne d’un musée, surtout en ce pays de Quercy où la sculpture antique est si rare ». Il s'agit du seul buste antique que, jusqu’à nos jours, nous ont livré les sols du Tarn-et-Garonne.

Autre trace laissée par les romains :

  • un four de briquetier dans la propriété de M. Armand Roques  identifié par Mme Ladier, directrice du musée d’Histoire Naturelle de Montauban, comme appartenant à l’époque gallo-romaine.
  • un buste funéraire, de facture malhabile, déterré par M. Conrad, près de sa maison à Sardy.

Vous pouvez penser que c’est peu de choses pour 3 ou 400 ans d’histoire ? Ce sont toutefois les preuves d’une existence, aidant et à condition d’être informés des découvertes fortuites, qui pourront peut-être se multiplier.

Que s’est-il passé durant les 5 ou 600 ans qui ont suivi l’époque gallo-romaine ? Nous ne pouvons pas répondre à cette question car aucun vestige ne nous permet de comprendre.

Les Vicomtes de Bruniquel

Bien plus tard, aux environs de l’an 1000, ce lieu qui avait pris le nom de Sieurac ou Siurag et qui faisait partie du Tulmonenc, appartenait aux vicomtes de Bruniquel. Une église dédiée à st-Saturnin y avait été bâtie. Auprès de cet édifice se trouvait un baptistère et un cimetière.
Par acte daté de 1074, sous le règne de Philippe 1er, « afin d’assurer le rachat et le salut de leurs âmes ainsi que le rachat et le salut des âmes de leurs pères et mères et de tous leurs parents vivants ou défunts, le vicomte Armand de Bruniquel et son frère Adhémard font donation à Dieu tout puissant, au monastère de Moissac, de ses saints apôtres Pierre et Paul et à tous ceux de ce même endroit servant à Dieu maintenant et à jamais, de l’église de St-Saturnin, du baptistère, du cimetière, du fief presbytéral et à l’entour autant de terre qu’il est suffisant pour la construction d’une ville en longueur et en largeur. Ils donnent aussi dans le bois de Fournalès autant qu’il peut suffire pour l’usage des moines et de tous les hommes vivant en ce lieu, soit pour le chauffage, soit pour l’édification de leur maison. Il est en outre accordé à tous les abbés et moines de pêcher dans le fleuve Aveyron qui coule tout à côté. Ils promettent de ne rien prélever sur les habitants et d’assurer la protection de chacun, moines et laïcs. D’autre part, si quelqu’un égaré par quelques coups du diable, essayait de rompre ce contrat, s’il voulait même dissocier l’établissement de Moissac de la société de Cluny, il s’exposerait au châtiment éternel ». Le texte se termine ainsi : « que cette ferme et stable donation soit aimable jusqu’au bout par notre autorité et notre ferme engagement ».

Après ce généreux élan de piété, ce solennel et vibrant acte de foi des vicomtes, les moines de Moissac prirent possession de Sieurac et se mirent à l’œuvre pour réaliser cette ville que souhaitaient les donateurs, pour la peupler et augmenter les revenus. Ils y réussirent certainement, car pensant, que peut-être leurs péchés étaient moins néfastes qu’ils l’avaient cru, les vicomtes de Bruniquel, oubliant leur serment, reprirent en 1083, c’est-à-dire seulement 9 ans après, ce bien qu’ils avaient si imprudemment abandonné. Les vives protestations de l’abbé Hunald de Moissac restèrent sans effet.

De Sieurac à Nègrepelisse

Armand mourut, Adhémard lui succéda. Pris, peut-être de remords, mais surtout influencé par sa femme et par Géraud II, évêque de Cahors, il fit droit en 1093 aux réclamations de l’abbaye et en présence du nouvel abbé de Moissac, Anquetil, qui avait succédé à Hunald, il rendit aux moines ce qu’il leur avait si injustement repris.

Dès qu’il fut rentré en possession des biens usurpés, Anquetil fit construire une nouvelle église dédiée à St-Pierre-Es-Liens qu’il remplaça ou qu’il unit à la précédente. En cette occasion, Sieurac changea de nom et devint la ville de la Mothe St-Pierre, nom qui plus tard évoluera en la Mothe St-Pierre dit Nègrepelisse.

Pourquoi Nègrepelisse ? De nombreuses hypothèses ont été avancées mais la plus répandue est celle-ci : " la Mothe St-Pierre était environnée de vastes forêts dans lesquelles les bûcherons fabriquaient du charbon de bois qu’ils allaient vendre dans les villes voisines, et que ces bûcherons étaient vêtus d’une pelisse noire et que certainement leur visage avait pris la couleur du charbon".

De nouveau, en 1097, les vicomtes de Bruniquel essayèrent de reprendre ce bien mais furent contrecarrés dans leur projet par le pape Urbain II qui était à ce moment là de passage à Toulouse et qui avait été averti par Anquetil.
Toutefois, cela n’allait pas être leur dernière tentative, et en l’absence de documents, nous pouvons supposer qu’ils firent leur possible pour tout d’abord saper les pouvoirs des moines et s’emparer ensuite du temporel qu’ils concrétisèrent après 1265, commençant par bâtir le château.
Lassés par ces luttes d’influence, les abbés de Moissac à qui restait seulement le spirituel, changèrent avec Barthélemy, évêque de Cahors, l’église de la Mothe St-Pierre contre celle de Ste-Livrais.
Les vicomtes redevinrent ainsi les seuls maîtres du Tulmonenc. La Mothe St-Pierre dit Nègrepelisse devint alors tout simplement Nègrepelisse.