Ngrepelisse

Accueil > Tourisme > Patrimoine historique > La faïencerie de Nègrepelisse

La faïencerie de Nègrepelisse

Nègrepelisse abritait de longue date une très active corporation de potiers de terre.   Vers 1782, Jean Viguier créa la dernière manufacture de poterie du Tarn-et-Garonne avec ses faïenceries des Valettes. Il fit appel au tourneur Marcellou qui avait travaillé précédemment à Ardus et à Auvillar. Cette entreprise disparut en1809.
Les artisans locaux de céramique produisaient de la vaisselle commune vernissée pour satisfaire à nos besoins. La matière première, l’argile, provenait directement des terres de la commune et, le bois de la forêt tulmonenque approvisionnait les fours indispensables pour la création des poteries. Le secteur de la poterie a pris tout son essor lors de la reconstruction de Nègrepelisse après la prise de la ville par les troupes du roi Louis XIII. En effet, un important marché s’ouvrit aux briquetiers et aux potiers. Vers 1740, la bastide en comptabilisait huit « Maisters pottiers de terre », chiffre relevé dans les registres paroissiaux et dans les actes civils. On peut citer par exemple, le maître Griffoul, Jean Marty, Jean Soulié, la famille Molinié et Viguié.
La création de la faïencerie à Nègrepelisse est sans nul doute dû à l’essoufflement du secteur du textile dont la ville possédait une très active corporation de tisserands de toiles de coton répertoriée dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. C’est à ce moment là, que la famille bourgeoise et protestante Viguié chercha une industrie de substitution : l’industrie de la céramique. Les poteries dites des Valettes sont des faïences provenant du lieu de production « les Valettes » site acheté par Viguié où abondait l’argile et les marnes. Sa politique « bon produit à bon marché » était un argument de force pour concurrencer les entreprises d’Ardus et de Montauban. Son travail a forgé une certaine renommée. L’existence d’un four fut retrouvé au lieu dit « les Valettes ». Le faïencier compétent pour la création des poteries se nommait Marcellou pour une durée de 12 ans. Le départ de Marcellou, la disparition de Viguié en 1804 et la révolution française (où toutes les fabriques disparurent ou dépérirent) sont sans doute les trois causes du déclin de son entreprise.

Photos de M. Soulié

Après la révolution française, le déclin de cette activité se fit très nettement ressentir.
Le mode de fabrication des poteries consistait à mettre à tremper de la terre et de l’eau afin qu’elles deviennent de la boue, puis à les passer sur un tamis et les sécher. Les potiers foulaient la terre au pied avant totale dessiccation puis la moulaient ou la « tournassaient ». Les faïences tournassées avaient une forme arrondies alors que celles qui étaient moulées, avaient les formes des moules. L’opération du four était jugée la plus difficile. Après la cuisson, le produit obtenu ou « biscuit » recevait par trempage la « couverte », mélange de poudre d’émail et d’eau. Après la seconde cuisson, on obtenait soit de la faïence commune qui est blanche soit de la faïence dite fine que l’on peint finement. La poterie vernissée possédait une glaçure transparente à base de plomb alors que la poterie stannifère était obtenue avec de l’étain engendrant une glaçure opaque. La palette chromatique pour les peinture résistant aux hautes températures était assez restreinte.

On peut retrouver du violet de manganèse, du vert de cuivre, du jaune d’antimoine et du bleu de cobalt qui était la plus facile à réussir et donc la plus communément utilisée dans les faïences anciennes. Les faïences décorées étaient destinées aux familles riches car toutes ces opérations étaient très onéreuses.
Dans notre commune, nous avons pu inventorier différentes pièces comme une fontaine complète qui se trouve au musée national de la céramique à Sèvres depuis 1939, des assiettes, des petits plats que l’on peut voir dans les musées de Montauban, Bordeaux, Toulouse. La fontaine est une pièce de référence indiscutable où il est inscrit dans le socle du réservoir « A Nègrepelisse. Le II Mars 1786 ». Cette faïence ne possède aucune craquelure ; elle est de quatre couleurs : violet, bleu, jaune vif et vert. En son centre, la fontaine possède un dauphin au faciès d’humanoïde crachant l’eau par le robinet. Il s’agit d’une poterie issue des fours des Valettes.

En hommage, à cette ancienne activité, une rue et une place portent le nom de rue et place des potiers.
Au déblaiement des maisons, il n’est pas rare de retrouver de la faïence mais sa fragilité pose des problèmes de conservation.
Deux acquisitions récentes, une impressionnante fontaine de Nègrepelisse et une ravissante bouquetière en Ardus rose – production encore mystérieuse du premier foyer de céramique du XVIIIe siècle en Tarn-et-Garonne, situé à moins de dix kilomètres de Montauban – ont naturellement conduit le musée Ingres à s’interroger sur ses collections de faïences provenant principalement d’un dépôt de l’hôpital et du don de Madame Marty. Le premier permit la réunion d’un grand nombre de pots à pharmacie ; le second enrichit considérablement le musée en pièces diverses réalisées dans les principaux centres français de fabrication de faïences
Par ailleurs, il nous semble utile de faire le point sur l’histoire des faïenceries de Montauban, Ardus et Nègrepelisse, toutes liées par des mouvement d’artisans, dont les productions, sans être inexistantes, sont très peu représentées dans la plupart des musées consacrés à la céramique ou plus largement au arts décoratifs.

Propos recueillis auprès de M. Guy Soulié.

 

La fontaine

La faïencerie artisanale de Nègrepelisse, bien que modeste est l’un des trésors culturels de la ville. Une assiette grand feu à l'oiseau et une assiette petit feu à la rose (ancienne collection Périès) se trouve à l'abbaye de Belleperche. Une assiette a été donnée au Musée Ingres.

La Fontaine se situe au Musée National de la Céramique à Sèvres. Il s'agit d'une fontaine en faïence complète avec sa vasque et son réservoir, ensemble grand feu, provenant de la manufacture de Jean Viguié, qui pendant le quart du XVIIIème siècle, fabriqua de la faïence aux Valettes. A la mort de M; Viguié en 1804, en raison d'une concurrence internationale sévère et l'incapacité de ses successeurs à poursuivre l'ouvrage, la manufacture disparut.

L'examen de la Fontaine montre un dessin assez frustre et une palette de couleurs limitée à un violet, un bleu, un jaune et un vert sale. Le trait est chatironné de manganèse. A la base du réservoir, un dauphin, au visage d'humanoïde moustachu crache l'eau par le robinet. Le corps couvert d'écailles bleues et jaunes se termine par une bizarre nageoire caudale bifide. De part et d'autre du dauphin, une femme et un homme sont représentés. Vëtue d'una ample jupe et d'un caraco, un panier sous le bras, la femme est coiffée d'un curieux capuchon. Arborant un large chapeau, l'homme à la redingote et à la culotte bouffante s'appuie sur une canne. Les deux personnages sont encadrés par des arbres sommairement peints.

Au sommet du réservoir, une guirlande de laurier encadre deux Amours dont l'un tient un oiseau sur son index tendu. Cette scène se répète sur le couvercle et sur la vasque. La fontaine, longtemps restée dans la Maison Viguié, Grand Rue, entra dans la collection du Musée en 1939. De Nègrpeleisse, Sèvres conserve également un petit pot de pharmacie et une assiette à la Palombe.

La faïence est une céramique bien particulière, dont la technique est très spécifique. Sur une base d'argile cuite, on pose un revêtement vitrifiable rendu opaque par l'adjonction d'oxyde d'étain.
Jusqu'en 1878, les céramiques françaises ont toujours été fabriquées dans des manufactures, fruits d'un travail d'équipe orchestré par un maître : les tourneurs ne sculptent pas la terre, les émailleurs ne la peignent pas, les conducteurs de cuisson ne vendent pas les pièces, etc. : chacun est spécialisé dans son domaine, ce qui lui permet d'atteindre un maximum de qualification technique et artistique

On distingue deux procédés de pose et de cuisson du décor sur la faïence :

  • le grand feu : après avoir fabriqué la pièce, l'avoir plongée dans le bain d'émail, on pose les couleurs sur ce fond blanc, sec mais pulvérulent. Puis on cuit l'ensemble de la pièce, vers 900°-1000°. Seules quatre couleurs supportent ces températures : le cobalt, qui donne le bleu, l'antimoine : le jaune, le manganèse : un brun violacé, l'oxyde de cuivre : du vert. On peut rajouter des terres ocre pour obtenir cette couleur, ou encore mélanger des oxydes pour varier les teintes
  • le petit feu : Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, les faïenciers adoptèrent presque tous la technique du " petit feu ", le décor étant posé sur une faïence déjà cuite : le décor, cuit à une moindre température, peut être plus raffiné.
    Il s’agit de cuire la pièce juste après l'avoir plongée dans le bain d'émail et l'avoir fait sécher, vers 900°-1000°. Puis, sur ce fond blanc, opaque et dur, on pose le décor, avec des couleurs que l'on mêle à un fondant. Enfin on fait cuire la pièce, cette fois-ci à une température nettement inférieure, vers 750°. Dans ces conditions, on obtient des nuances colorées plus nombreuses, en particulier du rose dont la seule présence suffit à identifier l'usage du " petit feu ".