Ngrepelisse

Le temple

La date de création du temple, le XIXème siècle, est assez tardive. Il n’est pas le premier édifice cultuel érigé de l’Eglise Réformée. La réforme ayant atteint notre village en 1560, seul l’emplacement du monument est la trace tangible des guerres de religion.

Un premier temple fut construit vers 1646 d’après des écrits dans un essai historique sur Nègrepelisse ainsi que dans le " livre de Raison " de la famille Dumas. Un arrêté du Conseil, en date du 1er février 1669 sous le règne de Louis XIV, ordonna la démolition des temples construits depuis 1598 et la restriction de la liberté de culte fut exigée. Suite à cette limitation, les protestants migrèrent vers des pays plus cléments comme la Hollande, l’Angleterre ou l’Allemagne. La révolution de 1789 mit un terme à cet exode massif .

Le temple actuel fut alors reconstruit lors d’un décret signé le 4 avril 1806 par Napoléon. Il est dit dans l’article 1er :
" Les protestants réformés de Nègrepelisse, département du Lot, sont autorisés à faire construire à leur frais, un temple pour l’exercice de leur culte sur le terrain de celui qu’ils possédaient dans cette commune ».
Dès lors, on tenta de bâtir un nouvel édifice mais le manque de moyens financiers en ce début de siècle contraint le consistoire à faire appel à l’aide du ministre de l’Intérieur et des fidèles. Les ennuis n’étaient pas terminés. Le temple bâti se lézarda et s’affaissa. Des plâtras se détachèrent de l’arceau portant le clocher à plusieurs reprises durant 50 ans.

Pour le troisième et dernier projet, on fit appel au concours de Jules Bourdais. Cet ingénieur de l’Ecole Centrale, constructeur, entre autre, du Palais de Justice du Havre eut la lourde tache de reconstruire le temple ainsi que la nef de l’Eglise St Pierre aux Liens détruite lors de l’affrontement entre les troupes royales et les nègrepelissiens. Il eut le concours de l’entrepreneur de travaux publics du village, M. Coulonjou Jean . Ces deux projets furent financés par la commune qui s’endetta durant 30 ans. Le temple fut achevé le dimanche 23 juin 1870.Cet édifice a une capacité d’accueil de 800 à 1000 personnes. Il est enfin stable, couvert d’ardoises allégeant la toiture. L’architecture du monument est un savant mélange de cultures et de styles, où l’on peut retrouver du romano-byzantin. Son plafond en voûte d’arêtes, son porche, son fronton, ses quatre colonnes à chapiteau corinthien en font un monument très caractéristique de l’art grec.
De l’art roman, on distingue des murs pignons au sommet, des quadrilobes centraux assurant la ventilation des combles. De l’art byzantin, le temple révèle un plan centré du bâtiment en croix grecque, des triples ouvertures des fenêtres caractéristiques de l’Eglise Sainte Sophie à Constantinople.

La ferronnerie, les serrures et les poignées de serrures ont été très soignées afin que les finitions soient parfaites. Des têtes de dauphins en fonte sont adossées aux descentes d’eaux pluviales. Une croix huguenote et une croix nimbée (celle du Seigneur) situées sur le mur pignon de façade célèbre la sainteté du lieu. Au-dessus, de la chaire, une peinture murale représentant une Sainte Bible illuminé de rayons, symbolise l’Eglise réformée. Huit cartouches juxtaposés aux piliers d’angle du temple reproduisent des versets du Nouveau Testament. Le plafond voûté d’ une couleur bleu symbolise le ciel. Le Mal est évoqué par une tête de monstre, le Cerbère gardien des enfers dans la mythologie grecque, au sommet des quatre colonnes. Les arabesques des vitraux désignent l’opposition entre le ciel et les enfers. De plus, le temple est peint jusqu’à une hauteur de 2.60 mètres d’une couleur verte symbolisant l’Eglise grecque.

Après plus d’un siècle sans rénovation, la toiture, les peintures murales, les vitraux ont souffert des ruissellements d’eaux et des pigeons. Il dû être fermé. Puis, son entré dans le très petit  nombre des temples classés dans le répertoire des monuments historiques a permis une première tranche de travaux restaurant totalement l’intérieur de l’édifice cultuel et sa réouverture  en 2004.