Ngrepelisse

Jean-Honoré Fragonard

Né à Grasse en  1732 et mort à Paris en 1806  de François Fragonard, garçon gantier, et de Françoise Petit, Jean-Honoré Fragonard quitte à l’âge de six ans sa ville natale pour s’installer avec sa famille à Paris.  Montrant rapidement de grandes dispositions artistiques le jeune homme travaille quelque temps avec Chardin puis, dès 1748, dans l’atelier de Boucher. Lauréat en 1752 du Grand Prix de Peinture il entre à l’Ecole royale des élèves protégés dirigée par Carle Van Loo puis à l’Académie de Rome.

Sa formation est complétée par un voyage en Italie dans lequel l’entraîne l’abbé de Saint-Non, riche mécène qui l’a pris en amitié.

La majeure partie de la carrière de Jean-Honoré Fragonard se déroule à Paris. Il ne revient à Grasse qu’un an, en 1790 - 1791, probablement en raison d’une santé chancelante, chez son cousin Alexandre Maubert.

Invité à quitter son appartement du Louvre par un décret impérial en 1805, Jean-Honoré Fragonard s’installe chez son ami Veri, au Palais Royal, chez qui il s’éteindra l’année suivante, probablement terrassé par une congestion cérébrale.

Inhumé dans l’ancien cimetière de Montmartre, sa tombe n’est aujourd’hui plus visible.

L’image de peintre de la frivolité, trop souvent accolée au nom de Jean-Honoré Fragonard, ne doit pas occulter les multiples facettes d’un immense talent : peinture religieuse, thèmes mythologiques et historiques, allégories, grands paysages et scènes intimistes figurent également dans son oeuvre.

Mais bientôt Fragonard, dont la peinture se caractérisait par la fluidité gratuite des lignes, l’insouciante frivolité du pinceau, la voluptueuse gaîté de la thématique, se trouva confronté aux défenseurs d’une esthétique tout autre, celle du néoclassicisme, et aux idées nouvelles de la Révolution française. Elle mit à bas l’aristocratie commanditaire de ses toiles. Bien qu’ami de Jacques Louis David, principal représentant de la nouvelle école classique française, Fragonard ne parvint jamais véritablement à se positionner esthétiquement face à l’événement. Il mourut à Paris le 22 août 1806.

D’un trait vif, qui suggère plutôt qu’il ne précise, Jean-Honoré Fragonard saisit l’instant fugitif, le tourbillonnement des nuages de l’orage, les feuillages exubérants, la vivacité d’un geste, le drapé mouvant d’une étoffe.

Fragonard épousa en 1769 son élève, le peintre de miniatures Marie-Anne Gérard (1745-1823), comme lui originaire de Grasse. Il a fixé ses traits dans différents dessins et l’a probablement aussi prise comme modèle pour ses évocations de mère et enfant.

Son œuvre témoigne, outre de la période rococo, du renouvellement de la thématique des fêtes galantes et de l’évolution complexe de la peinture européenne du XVIIIe siècle.

Venu tôt à Paris afin de suivre des études de droit, la précocité de son goût l’orienta vers la peinture. Il en commença l’étude sous la direction de Chardin sans véritablement y trouver une connivence. C’est François Boucher qui comprit et affirma les dons du jeune garçon en le présentant au concours de Rome dont il remporta le premier prix en 1752. Après trois ans d’étude avec le peintre français Carle Van Loo à l’école des élèves protégés, il séjourna quelques années en Italie (1753-1756). La peinture du maître vénitien Tiepolo exerça sur lui une profonde influence, ainsi que le style baroque d’un Pierre de Cortone. Son travail resta encore académique, pastichant en un même élan la manière religieuse des anciens et la peinture contemporaine de son maître Boucher dans le rendu du paysage italien.

Résidant à l’Académie de France, il se lia d’amitié avec son compatriote, le peintre Hubert Robert et l’abbé de Saint-Non qui devint son protecteur et son principal commanditaire.

Dès son retour en France, Fragonard fut accueilli comme un peintre confirmé ; il obtint la reconnaissance de la Cour, des commandes publiques et un atelier au Louvre. Mais son œuvre s’orienta vers une manière moins académique, laissant les grandes machines au profit des tableaux de cabinets. Il abandonna les fastes de la narration historique pour la peinture de scènes galantes d’une grande sensualité où l’attention portée à la composition et l’utilisation rapide de la trace chromatique conquirent une très subtile tension érotique. Il mit en scène la nouvelle aristocratie en ses instants les plus galants, à l’abri des frondaisons, dans les jeux de l’amabilité amoureuse : les Hasards heureux de l’escarpolette (v. 1766, Wallace Collection, Londres) et la Lettre (v. 1769-1770, Metropolitan Museum of Art, New York). La série de panneaux décoratifs qu’il réalisa à la demande de Madame du Barry, maîtresse de Louis XV, pour son pavillon de Louveciennes, demeura l’œuvre majeure de cette époque galante. Intitulé l’Amour réveillé dans le cœur d’une jeune fille, le cycle comprend notamment la Poursuite et l’Amant couronné (tous deux 1771-1773, Frick Collection, New York).

Fragonard et le voyage en Italie, 1773-1774

Jean-Honoré Fragonard, son épouse Marie-Arme Gérard et leur fille Rosalie, entretinrent des rapports amicaux et professionnels avec les Bergeret, célèbre famille de financiers, mécènes et collectionneurs de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Ces derniers emmenèrent le couple Fragonard en Italie, de 1773 à 1774, voyage retracé par une extraordinaire série de dessins italiens

Fragonard à Nègrepelisse

En 1773, Jean-Honoré Fragonard accompagne dans son voyage en Italie Pierre-Jacques-Onésime Bergeret, grand financier du XVIII° siècle et comte de Nègrepelisse. Celui-ci, à la tête d’une immense fortune, vit fastueusement à Paris et s’entoure d’artistes reconnus.
Les voyageurs s’arrêtent une quinzaine de jours à Nègrepelisse, terre du financier. Ce bref séjour permet à Fragonard d’exécuter plusieurs dessins. On a retrouvé la trace de plusieurs d’entre eux, qui représentent le château ou le four banal.

Voici un extrait du journal de Pierre Jacques Onésime Bergeret qui relate le passage à Nègrepelisse :
"A Negrepellisse, mardi 12 octobre
Nous voilà bien arrivés à deux heures après midi par un temps d’été par la meilleure santé. Nous voilà bien diné et ensuite bien harangué. (...)

A Toulouse, mardi 26 octobre.
Après être resté 15 jours bien justes à ma terre de Nègrepellisse, près Montauban, nous reprenons ce matin notre route pour tâcher de gagner Gesnes. Nous voilà donc arrivés à Toulouse ce jour d’hui à quatre heurs après midi par un vrai temps d’été, et par les chemins de Languedoc; c’est tout dire! De Montauban à Toulouse, on y jouerait au mail Je ne peux vanter les belles avenues le long des chemins de ce pays; je les ai laissées en Flandre. on y rencontre ici peu d’arbres, mais aussi des terres à blé préparées avec le plus grand soin. La campagne est garnie de monde et de bestiaux et de boeufs qui labourent".

L'un des tabelaux de Fragonard sur le château de Nègrepelisse est aujourd'hui exposé au musée Boymans à Rotterdam aux Pays-Bas.