Ngrepelisse

Les lavoirs

Les lavoirs faisaient partie intégrante de la vie des ménagères. Les anciens ont gardé en souvenir ces grandes journées d’ébullition.
« Dans les campagnes, deux fois par an, nous nous rendions au lavoir pour effectuer de grosses lessives. Nos parents choisissaient de manière générale, le jeudi, car les enfants n’avaient pas école et pouvaient donc aider à cette grande tâche ménagère. Les épais draps de lin blanc, le linge de maison et les épaisses chemises toutes façonnées manuellement et qui étaient d’une finesse et d’une justesse remarquable, étaient rassemblés dans de grandes cuves de bois. Il fallait tout d’abord les lessiver c’est-à-dire les plonger dans de l’eau chaude mélangée à de la cendre qui avait pour vertu de blanchir le linge. Après avoir remué à mainte et mainte fois le linge, à l’aide d’une longue spatule, les eaux étaient grisâtres tout comme les épais draps. Inutile de vouloir les sortir de la cuve ! Ils étaient si lourds qu’il fallait se mettre à plusieurs pour les attraper. Une fois cette tâche terminée à la maison, nous transportions les cuves sur une charrette jusqu’au lavoir. Après avoir vidé les contenants dans les grands bacs, les lavandières, comme on les appelait, prenaient leur mal en patience et frottaient le linge grisé par la cendre. Ce travail était dur mais les nombreuses femmes réunies autour des bassins se retrouvaient et entamaient des conversations interminables. Au vacarme des clapotis du linge trempé et frictionné s’entremêlaient les cris et les rires des enfants jouant tout autour du lavoir. Il y régnait un parfum de convivialité et de bonheur. Toute une journée aura été nécessaire pour accomplir cette besogne, de la lessivée à l’éclaircissement. De retour à la propriété, il fallait étendre les draps. A cette époque, le nombre de draps étendus prenait une autre signification : plus il y avait de linge étendu et plus les propriétaires étaient aisés ! A la nuit tombée, les ménagères, les yeux alourdis et les muscles endoloris par l’effort méritaient dignement leur repos ! »

Jusqu’à l’avènement de la machine à laver le linge dans les années 1960, les lavoirs étaient un élément essentiel de la vie sociale. Situé à l’entrée de la ville, en contre-bas de l’actuelle place Duras, le lavoir dit “de la porte-haute” a été construit sur un site où l’arrivée d’eau par un ru en provenance des hauteurs de Nègrepelisse  (qui servait à alimenter les fossés) et une petite source était suffisament abondant pour alimenter les deux bassins.

Après plusieurs années de concertations, le lavoir public de Nègrepelisse, est construit en 1897 selon les plans de l’architecte M. Caulet, conservés aux archives départementales. La particularité constructive de ce lavoir repose sur la charpente en fer réalisée par la maison de fonderie parisienne Guillot-Pelletier. La toiture est supportée par quatre structures en fer triangulé où piliers et fermes avec entrait en anse de panier sont associés dans un même ensemble et supportent des pannes métalliques en I.
Le 1er décembre1898, le décompte définitif des travaux s’élève à 4972,34 frs. L’édifice mesure 13,50 m. de long sur 7 m. de large. Il possède deux bassins, un pour le lavage, l’autre pour le rinçage, pour une longueur totale de 12m35. Cette longueur était jugée suffisante pour seize laveuses. Le calcaire, en moellon et pierre de taille, qui couronne le muret et sert de base aux piliers en fer, provient des carrières de Bruniquel. La brique, quant à elle, provient de la briqueterie de Saint-Etienne-de-Tulmont. Les bassins sont en béton ainsi que les quatre marches d’entrée percées dans la longueur d’un des murs.
Ce lavoir utilisant des matériaux en vogue à l’époque de sa construction, a résisté au temps, aux mutations économiques et sociales et aux innovations techniques du milieu du XXe siècle. La commercialisation de la machine à laver le linge fera inévitablement péricliter la fréquentation du lieu, mais l’entretien régulier et la restauration effectuée avec le concours de l’association “Concordia” en 1998 ont permis de sauver cet élément remarquable du patrimoine local.