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Les pigeonniers

Le pigeon, animal de basse-cour depuis des millénaires, a su rester à demi sauvage, dans les campagnes, en présence de l’homme. C’est pour assurer sa tranquillité et un abri qu’on lui a construit un bâtiment à son usage exclusif : le pigeonnier.
Jadis privilège des seigneurs féodaux, la possession d’un pigeonnier a été autorisée aux paysans par la Révolution de 1789. En brique, en pierre ou à colombages, simples ou sophistiqués, carrés, ronds ou hexagonaux, sur piliers ou de la forme dite "pied de mulet ", les pigeonniers sont un des éléments les plus caractéristiques du patrimoine du Tarn-et-Garonne.

Cet élevage était pratiqué bien sûr pour la table, mais aussi pour la "colombine", engrais très apprécié et qui est l’une des causes de la construction des pigeonniers, mais il a d’autres utilisations.
Avec l’abolition des privilèges seigneuriaux, les pigeonniers se sont répandus. Ainsi, on peut observer de beaux ouvrages, symboles de fierté à proximité de quelques fermes. Ces petits édifices qui participaient directement à la vie rurale sont fondamentaux dans le plan de masse de la ferme. Ils ont un intérêt de par leur style et leur diversité.
Ces bâtiments, plus haut que les autres édifices de la ferme (d’une hauteur approchant les 12 à 15 mètres) sont un élément visuel important. Aujourd’hui, ils ne conservent qu’une fonction esthétique. Malheureusement, beaucoup d’entre eux sont en mauvais état.

Les pigeonniers se distinguent essentiellement des autres constructions par leur toiture qui caractérise leur style et leur type. Il existe :

  • Bâtière : toit formé de deux pans carrés ou rectangulaires
  • A quatre pans : toit formé de quatre pans triangulaires
  • A un pan : toit formé d’un seul plan incliné
  • A deux croupes : toit formé de deux pans triangulaires et de deux pans en trapèze (sur bâtiment rectangulaire)
  • Murs gouttereaux : murs supportant les gouttières
  • Mur pignon : les deux terminés en triangle dans les bâtières, perpendiculaires aux précédents
  • Tuile plate : tuile le plus souvent réservée aux constructions de style. Elle est munie d’un ergot à reposer sur une latte et, un peu plus bas, d’un trou pour le passage d’une pointe de fixation. Leur recouvrement mutuel est important.

Les pigeonniers de type toulousain ou pied de mulets sont de loin les plus nombreux. Ce sont des bâtiments rectangulaires (6 sur 5 ou 5 sur 4 ) et d’une hauteur faible (4 à 8 m).
Ils se distinguent des autres par leur toit généralement formé de deux pans successifs (15° à 25°) en marche d’escalier. Les murs (sauf celui de façade) sont généralement surélevés ; de 30 à 40 cm. La sortie des pigeons s’effectue généralement par la contremarche. La couverture est presque tout le temps en tuiles canal. Le couronnement fait souvent défaut, mais complet il comporte 7 céramiques. Ils sont généralement orientés vers l’est ou le sud s’ils sont isolés.

Traditionnellement, un pigeonnier reçoit un couronnement très spécial. Cette habitude perpétue la coutume préhistorique d’une représentation de la fécondité sous la forme phallus qui assurerait la prospérité au colombier. Cela confirme l’ancienneté et la continuité de cet élevage. Pour le type toulousain, la coutume en veut sept, dont le plus important au centre du fronton. Cependant, pour les réparations, la fabrication de tels objets ayant cessé, ils deviennent rares

Les pigeonniers tours peuvent être cylindriques ou carrés. Les carrés ont majoritairement un toit pyramidal faisant au moins un cinquième de la hauteur, mais toutes les formes de toit sont possibles. Ils excèdent rarement les 12 m². Certains sont d’anciennes tours de guet qui ayant perdu leur rôle ont été reconverties, en transformant seulement la toiture.
Les cylindriques ont un toit toulousain en tuile canal ou bien en pyramide (conique ou hexagonale) ; certains sont d’anciens moulins reconvertis avant 1914. Leur diamètre va de 4 à 6 mètres et les murs peuvent aller de 0,5m à 1,2m, ainsi on a des modèles plus réduits ou massifs.

Les moyens de défense

Le premier moyen envisagé pour défendre les pigeons de leur prédateur a été de faire des ouvertures assez grandes pour le passage des pigeons (environ 10 cm) mais trop petites pour les prédateurs comme l’autour des palombes ou l’épervier ou le faucon hobereau. Seules les corneilles peuvent passer (elles s’occupent des oeufs) et les chouettes, mais celles ci ne s’attaquent guère qu’au nouveau-né ; elles deviennent souvent locataires des pigeonniers lorsque l’élevage est abandonné, elles sont cependant utiles car elles détruisent les parasites des cultures.
Des moyens de défense ingénieux ont été trouvés pour lutter contre les rongeurs grimpeurs (rat, surmulot, loir, lérot...). Lorsque les planches, portes et trappes sont soigneusement ajustées, ils sont obligés de passer par les issues des pigeons, souvent très haut placées. Pour éviter cette escalade, de nombreux moyens ont été mis en oeuvre, des sortes de corniches saillantes ou rebords qui font le tour du bâtiment :

  • ardoises horizontales ou penchées,
  • dalles en grès, parfois évidées,
  • rangées de briques en encorbellement progressif,
  • ceinture de carreaux vernissés ou bandes de métal,
  • plaques de zinc
  • briques ou ardoises de chat autour des ouvertures sur façade

Les trous de boulins

Ils désignent toutes les sortes de nids destinés à une couvaison ; le potentiel d’occupation d’un pigeonnier se dit du nombre de boulins et non du nombre de pigeons. Dans les élevages en volières, bien nourri, un couple peut produire jusqu’à 8 paires de pigeonneaux par an. Il faut alors deux emplacements par couple car la couvaison dure autant que le gavage. Mais à l’air libre, moins bien traités, les touriers sont obligés de se nourrir eux mêmes, n’étant agrainé qu’en hiver ; leur production est donc moins importante, il suffit en fait d’un boulin et un tiers par couple. Il existe plusieurs sorte de boulins :

  • Paniers : généralement hémisphériques (20 à 25cm de diamètre, avec en moins une calotte qui permet de les caler contre le mur à l’aide d’une pointe. Ils sont placés de façon à ce que les déjections tombent le moins possible sur ceux d’en dessous, de ce fait il y a de nombreux vides qui limitent le nombre de boulins. Etant peu durables, il faut les renouveler souvent. Leur usage est très ancien mais toujours actuel.
  • Cases : tout l’espace utile est garni. C’est une succession d’étages avec entretoises de cloisonnement et parfois rebord anti-chute ou balcon. La hauteur d’un niveau est d’environ 25cm et la largeur d’une case légèrement supérieure. On en trouve généralement dans les 300. Ils peuvent être en briques plates, planches, tuiles canal, poteries, vases, bocaux et ils font généralement corps avec le mur (sauf pour les planches). Parfois ils sont construits en torchis autour d’une armature en bambous. Ce type de boulin est le plus ancien, c’est aussi celui que préfèrent les pigeons.

Chaque pigeonnier a son histoire et nombre d’entre eux ont connu des dégâts. Ainsi, les propriétaires ont choisi soit de les rénover soit de les abandonner. Il reste à Nègrepelisse quelques beaux édifices et s’est en se promenant dans la campagne et à proximité des exploitations agricoles que vous pourrez les observer à loisirs.