Ngrepelisse

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Nègrepelisse, fief de Turenne

A première vue, il semblerait que le tourisme n’ait rien à voir avec Nègrepelisse, petit bourg implanté dans la banalité d’une plaine monotone. Cependant, la flèche de son magnifique clocher, que l’on perçoit de loin au-dessus des ramières de l’Aveyron, est une invitation à s’approcher. Ce clocher, outre l’intérêt qu’il présente en lui-même, pourra nous dire un peu d’histoire locale dont il constitue un noble jalon.
Nègrepelisse est une de ces multiples bastides semées dans le midi à la fin du XIIIème siècle sous l’impulsion d’Alphonse de Poitiers, frère du roi Louis IX et Comte de Toulouse.

Nous en retrouvons bien vite les caractéristiques essentielles :

  • plan régulier avec des rues assez larges se coupant en angle droit,
  • au centre, une place pour le marché avec ses couverts ou cornières, destinée autant à servir de lieu de rencontre pour les affaires ou les palabres que d’abri contre la pluie et le soleil.

Elle reçut dès 1273 des vicomtes de Bruniquel une charte de coutume que le roi Philippe Le Bel promulgua en 1286 après les avoir modifiées.
Avant la création de la bastide, Nègrepelisse n’était qu’un modeste village, né à l’ombre du château, sur les bords même de l’Aveyron et appelé à cause de l’héritage marécageux des lieux, St Pierre de Grenouilles. On a beaucoup discuté sur l’origine du nom actuel : il est attribué à la blouse noire de ses habitants qui faisaient en grand nombre, dans les forêts voisines, le métier de charbonnier, à moins qu’on ait voulu désigner par-là, la noire ceinture hivernale formée au sud et à l’ouest par les chênes de l’immense forêt de Tulmont.
La seigneurie de Nègrepelisse était partagée au début entre le roi de France, successeur des Comtes de Toulouse, et les vicomtes de Bruniquel. Plus tard, elle passa du domaine royal à la famille de Carmaing qui en fit l’acquisition. Les Carmaing, venus de Caraman en Lauragais et alliés du pape Jean XXII, étaient de grands seigneurs. Ils avaient le goût du beau et même du faste. Ce sont eux qui au XVème siècle firent reconstruire l’église après avoir transformé le château.
Par une suite de successions, Nègrepelisse, érigé en comté, devint la propriété d’Henri de Bouillon, maréchal de France, l’un des plus vaillants compagnons d’armes d’Henri IV. Et c’est ainsi que son fils, prénommé également Henri, plus connu sous le nom de Turenne, héritier des vastes domaines de sa maison, fut en 1553, Comte de Nègrepelisse.

Turenne vint-il prendre effectivement possession de Nègrepelisse ? C’est une chose très contestable, car il était assez occupé par ses campagnes militaires. Il fut tué à Salzbach d’un coup de boulet le 27 juillet 1675. Dans son testament, il n’eut garde d’oublier la petite ville dont il était le seigneur. Il légua la somme de 20 000 livres pour être distribuée aux pauvres de la religion réformée qui se convertiraient au catholicisme. Cette somme n’ayant pas reçu sa destination, et s’étant accrue par la suite, fut employée en 1780 à la fondation d’un hôpital qui fut confié aux sœurs de la charité chrétienne de Nevers. C’est encore l’hôpital actuel, devenu après des transformations heureuses, une maison de retraite où d’autres religieuses prodiguèrent leurs soins à de nombreux vieillards. Ainsi, jusqu’à nos jours la population bénéficie-t-elle des libéralités de l’illustre maréchal.

par les de Bellisse qui la possédaient avec le château de Bioule.Mais ce n’était plus alors qu’une maison bourgeoise bâtie sur des substructions précédentes. On regretta moins ainsi sa disparition lorsqu’elle fut démolie à la fin du XIXème siècle. Ce qui en reste encore, c’est-à-dire les murs de soutènement qui relient deux grosses tours, attestés par sa construction soignée ce qui fut la puissance des diverses familles qui s’y succédèrent. Si le château originel a disparu en grande partiede la localité, a été aussi détruite en partie lors de Cahors, Alain de Solminhiac la fit reconstruire en 1645, mais ce fut un peu à la hâte et avec de pauvres moyens. M. de Freycinet, qui venait de doter sa petite ville d’un temple, voulut aussi rebâtir l’église catholique. Il fit appel à un architecte de Paris, M. Jules Bourdais. Les travaux s’échelonnèrent de 1868 à 1870, mais n’ont donné qu‘un édifice un peu grêle et sans intérêt, malgré ses formes gothiques.

 

Heureusement, les bâtisseurs de l’époque gardèrent le clocher, qui est l’un des plus beaux de la région, et qu’on a pu sans exagération qualifier de « joyau archéologique du XVème siècle ».

Nègrepelisse, l’abbé Léris, ancien élève de l’école de peinture de Rome, qui a déployé ici la richesse de sa palette et l’art savant de ses motifs stylisés.Dominant le maître-autel, une grande statue de St-Pierre, assisse en majesté dans sa cathèdre de pontife, rappelle aux visiteurs qu’il est en quelque sorte le maître de céans, puisque l’église lui est dédiée.Mais la partie la plus précieuse du mobilier est un ensemble de stalles du début du XVème siècle, de style gothique flamboyant. Les accoudoirs sont ornés de feuillage contourné ; aux miséricordes figurent des scènes qui ne manquent pas de saveur. On y voit notamment deux hommes qui se disputent l’autorité, l’un barbu et ridé , et l’autre imberbe : l’éternelle opposition des jeunes et des vieux. On y distingue également un épisode de la coutume antique du mariage : l’introduction de la fiancée par l’époux dans sa maison ; tandis que le marié est déjà chez lui, il invite sa compagne à le suivre en la tenant par le petit doigt, et à franchir sans crainte la porte largement ouverte au-dessus de laquelle une rose pendant symbolise l’amour.